Le mérite ne comptera pas
Cela relève peut-être de la gesticulation politique à l’avant-veille du 1er mai. L’Etat s’est rétracté sur la question des critères de promotion des instituteurs. Face à la formidable mobilisation des syndicats de l’enseignement primaire, le gouvernement a fait savoir au «Pay Research Bureau» (PRB) que, selon lui, seule l’ancienneté devra compter pour accéder au grade d’assistant maître d’école.
Le ministère de l’Education rejette donc l’idée d’un concours pour distinguer les mérites. Il préfère conserver le système de l’avancement à l’ancienneté même si ce mécanisme tue la productivité. Pourtant, dans un premier temps, le ministère s’était montré favorable à l’élimination totale du critère d’ancienneté. Il allait plus loin que le PRB qui proposait, lui, un changement graduel avec un système mixte dans lequel l’ancienneté et le mérite auraient eu un poids égal. Le directeur de cette institution avait entrepris une patiente campagne pour expliquer les avantages des promotions basées sur le mérite. Mais, semble-t-il, on est revenu à la case départ.
Le PRB souhaitait que le mérite soit prescrit comme un critère de promotion afin d’insuffler une culture de la performance dans les écoles primaires. Dans le système actuel, la notion de rendement et d’efficacité est absente. Un instituteur dévoué et compétent, même s’il est toujours bien noté par ses supérieurs, n’a aucune chance de voir ses qualités reconnues en vue d’une promotion.
Si les syndicats ont exprimé une forte résistance au critère de méritocratie, c’est essentiellement parce qu’ils craignent que l’évaluation de leur performance ne soit pas objective. Ils se méfient de l’ingérence des politiciens. A tort ou à raison, ils pensent que le droit de cuissage ou le népotisme pourrait vicier tout système de promotion censé tenir compte du mérite. Mais plutôt que de forcer l’Etat à garantir la transparence des promotions et à faciliter les recours judiciaires en cas de pratiques abusives, les syndicats ont rejeté le principe d’un concours pour sélecter les meilleurs. Ils ont jeté le bébé avec l’eau du bain.
Il reste un faible espoir que le PRB pourra se prévaloir de son indépendance théorique et insister, malgré tout, sur un mode de sélection des assistants maîtres d’école basé à la fois sur l’ancienneté et le mérite. Sur papier, rien n’oblige, en effet, le PRB à se conformer au souhait du gouvernement.
La façon dont le ministère est intervenu pour bloquer le progrès sur cette question entretient le doute sur la poursuite des autres réformes annoncées par le PRB. Plusieurs principes qui régissent la fonction publique devaient être remis en cause dans son rapport. On a évoqué, par exemple, l’introduction de la pension contributive et le report de l’âge de la retraite. Il est permis de s’interroger sur les chances de réussite de ces réformes autrement plus sensibles.
Le PRB avait fait un pas en avant vers la modernisation des services publics. L’Etat vient de faire deux pas en arrière.
Raj MEETARBHAN
(Published in L'EXPRESS dated 29 April 2008)
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Tuesday, April 29, 2008
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